BLANC BONNET , BONNET BLANC

19 février, 2018 Quotidien ..quand tu nous tiens Por: mango

Voyager avec passion et honnêteté, vous parachute dans des situations aux antipodes du quotidien. Non seulement cela nous force à assimiler á la vitesse grand V la relativité de toute croyance ou usage, mais nous enrichit d’ une série d’outils qui une fois de retour, peuvent rendre nos vies infiniment plus sereines et fluides.

L’Inde à cet égard est la championne toutes catégories. Aucun autre pays ne balance une telle qualité/quantité de leçons à la minute.

J’y ai appris beaucoup, beaucoup de choses,la patience entre autres.

Attendre un train qui a 8 heures de retard, un repas qui met plus d’une heure à être servi etc y sont la moindre des choses. Manger avec les mains, assise par terre, les tonnes de sacs plastics/déchets au bord des routes ou sur une plage sublime, des personnes  vivant dans ce qui ne peut même plus être qualifié de bidonville tellement les conditions y sont abberantes, et bien d’autres exemples à l’infini y sont toutes des choses parfaitement “normales” .

Bien sûr on peut toujours choisir de ne pas côtoyer tout cela, se payer une Inde de palaces et shopping tutti pleni ,mais ce n’est plus un voyage alors, juste un simple déplacement géographique. (lisez notre post précédent à ce sujet)

C’est aussi le pays où il existe au quotidien une Foi d’une intensité indescriptible en toute une myriade de Dieux. Une Foi qui en Occident à disparu depuis bien des siècles, que nous avons  peut-être connu au Moyen Âge chez nous, à la différence près que le monothéisme offre un choix beaucoup plus réduit quand à l’objet de dévotion.

Ici entre Dieux, DemiDieux, Avatars, Réincarnations et j’en passe, vous avez le choix entre des centaines, sinon des milliers de représentations religieuses antropomorphiques. Pour un observateur extérieur comme moi, cela se condense en un mélange de superstition, croyances basées sur des textes sanscrits qu’un nombre extrêmement limité de personnes est en mesure de lire et/ou d’interpréter, et un marchandage on ne peut plus basique (j’ offre fleurs , argent, ou autre, en échange de quoi Krishna, Mahabrapu ou Shiva vont trouver le bon mari, fournir un Visa pour les States, un travail en tant que fonctionnaire ou guérir la vache malade). Toutes les religions marchent au bâton et à la carotte ici comme ailleurs, ça n’a rien de particulier ou d’insolite.

Je viens d’avoir le privilège de vivre une immersion totale chez une congrégation que je ne nommerai pas,par discrétions, et de réaliser un pèlerinage (Parikrama)  dans les 9 îles sacrées de Navadipa. Chacune de ces îles (nava signifie 9 et dipa îles) abrite des dizaines de sanctuaires, temples, samadhis, lieux sacrés, et le pèlerinage nous mène  de l’un à l’autre, traversée du Gange, plus somptueux que jamais, comprise.

Nous sommes reçus chez des dévots qui ont préparé un repas consacré (Prasada) exquis, et tout en reprenant des forces nous écoutons le prêche de l’un ou l’autre Sanyasin (personne qui a renoncé à la vie matérielle) qui dirige le groupe, et ses explications sur le lieu bien précis où nous nous trouvons.

Tout se passe dans la bonne humeur, la musique, les chants nonstop, tambours, clochettes, gongs. Ambiance très internationale , Chinois, Américains, Européens, Australiens, beaucoup de Bengalis également. Notre petit groupe réalise ce pèlerinage avant la Parikrama “oficielle” qui agglutine elle des dizaines de miliers de dévots (ces foules immense des Indes .. un de mes pires cauchemards …) Nous sommes logés dans un Math (sorte d’auberge/temple, le nôtre est celui de la photo) où le prix des chambres est minime, et les repas délicieux.

J’ai atterri dans ce lieu par une série de circonstances particulières comme c’est souvent le cas dans mes voyages, et bien évidement, ma quête/travail comme Yogini n’y sont pas étrangers.

Ces personnes pratiquent ce que l’on dénomine Bhakti Yoga ou Yoga de la Dévotion, ou l’on s’en remet entièrement à la Divinité (surrender) ainsi qu’a son intermédiaire sur terre, le Gourou. L’idée étant de s’en rapprocher à travers l’amour, une dévotion absolue, une offrande inconditionnelle de leurs vies et de chacun de leurs actes. Les chants sacrés y jouent un grand rôle (Bhajans), de fait le Pèlerinage se réalise sur accompagnement musical constant.

C’est une des grandes branches du Yoga, différente de celle que je pratique moi, qui elle passe toujours par le corps (Hatha Yoga) ne se limitant jamais à la pensé ou l’attitude. Une des différences fondamentales entre leur style de vie et le mien, est la négation du corps (puisqu’il appartient au monde de l’ illusion, Maya), voir mortification (marcher pieds nus par 40 degrés sur des routes en bitume par exemple).  Jamais un(e) adepte du Hatha/ Tantra Yoga ne ferait une chose pareille. Notre corps est  notre Temple, nos Asanas nos prières, et nous en prenons un très grand soin.

Mais au delà de ces différences physiques, l’incommensurable fossé qui nous sépare est ailleurs.

Mon travail à moi, consiste à élaguer sans relâche, jusqu’à atteindre, si faire se peut,  la moëlle, mieux encore , le vide au centre de chaque atome. Atteindre ce qui reste lorsque toute apparence, croyance, conviction, expérience ou identification disparaissent.

Je dépouille , une couche deriere l’autre, alors qu’ eux en rajoutent une, et même plusieurs de couches …..

Ce qui me frappe le plus chez ces personnes, qui m’ont accueilie avec une gentillesse et générosité que je ne peux que profondément saluer, c’est qu’ils ont en fait échangé tout un système de croyances, voire cosmogonie et attitudes, pour un autre.

Certes, celles  de leur pays d’accueil sont bien plus sympathiques à tous les niveaux que celles de leur culture d’origine.  Ganesh, Krishna &Co sont bien plus rigolos que St Lorenzo, Torquemada et ses sbires ou la passion du Christ, et les temples Hindous sont des lieux de vie contrairement au Vatican, qui est un mausolé. On y sert à manger, on y chante, y danse y réside. Et par dessus tout ça, la satisfaction indescriptible de l` Ego lorsque dans la rue, le petit peuple te reconaissant come dévot (habits et signes distinctifs) va jusqu’á se prosterner sur ton passage ou demander ta bénediction …… mazette…

Mais est-ce que vraiment tout ce symphatique atrezzo et mise en scène changent quoi que ce soit si notre but réel est la recherche de la Vérité ?

Je ne crois pas. Non.

Remettre entre les mains d’un Gourou sa vie, suivre aveuglément ses instructions est à l’opposé de ce que nous proposons et partageons depuis Kairos Project.

Moi je dis n’écoutez PERSONNE, vous savez mieux que quiconque de quoi vous avez besoin, ce qui vous fait avancer et ce qui vous aide à tricher.  Élaguez, élaguez avez courage et décision, couche après couche, arrachez une à une toutes vos croyances et certitudes pour découvrir qui vous êtes réellement. Ça fait un mal de chien, et vous trouverez très rarement des poteaux indicateurs sur le chemin … c’est plutôt terra incognita peuplée de dragons et monstres en tout genre … aucune garantie, aucune certitude, aucune gratification….

Sortir de notre petite “bulle confort” est souvent la toute dernière chose que nous souhaitons. Il n’y a pourtant pas d’autre voie, et c’est juste le debut du voyage. Échanger une bulle pour une autre, plus folklorique?

Non merci. Elles finissent toutes par éclater.

Et moi qui étais le plus fier, moi je me prenais pour moi, disait le grand Jacques … same here 🙂

Et moi je veux l’infini, moi je veux l’éssence, moi je veux voyager au tréfonds de mon être…. pour  ne jamais en revenir, m’y dissoudre dans l’océan de l’Éternité….

Bons et beaux voyages à tous

Hare Aum

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